Le comédien Roland Bertin, grand monsieur du Français, est décédé à 93 ans

Share

Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, il avait obtenu, en 2009, le Molière du meilleur second rôle pour Coriolan de William Shakespeare.

Le comédien Roland Bertin, sociétaire honoraire de la Comédie-Française est décédé lundi 19 février à l’âge de 93 ans. «Je viens d’apprendre le décès de Roland Bertin, sociétaire et immense figure de notre Maison, a salué Eric Ruf dans un communiqué mardi. Roland, notre Roland, celui dont nous avons tant aimé imiter les colères homériques et généreuses, la lippe si gourmande, le verbe si haut et l’exigence si radicale. Il s’est éteint doucement dans sa maison de retraite de Pont-l’Abbé en Bretagne, dans son sommeil.»

En 2012, Roland Bertin jouait encore le Volpone facétieux et matois de Ben Jonson sous la direction de Nicolas Briançon, au Théâtre de la Madeleine, à Paris. Une première fois, dont il se réjouissait avec un sourire d’enfant. Du même auteur, il avait déjà joué L’Alchimiste, sous la direction d’André Steiger qu’il admirait. Né à Paris, le 16 novembre 1930, le sociétaire honoraire de la Comédie-Française confiait volontiers qu’il n’avait aucun regret. Cet homme généreux qui aimait travailler en troupe a été gâté. Après avoir suivi les cours d’Alick Roussel, il fonde sa compagnie, avant de participer avec Jacques Fornier à l’aventure du Théâtre de Bourgogne, à Beaune, puis à Dijon à partir de 1980. Insatiable, il prend l’habitude de jouer quatre à six pièces par an.

De Shakespeare, Goldoni, Tchekhov, Marivaux, à Christopher Marlowe, René de Obaldia et Nathalie Sarraute. Roland Bertin bénissait « toutes » ses « rencontres » et était reconnaissant envers les metteurs en scène qui lui avaient fait confiance : Roger Planchon, André Steiger, Georges Lavelli, Patrice Chéreau et Claude Régy.

En 1982, il entre à la Comédie-Française. « J’ai commencé en jouant dans Les Corbeaux de Becque, mis en scène par Jean-Pierre Vincent, avec des partenaires sublimes : Denise Gence, Claude Winter, Yves Gasc, Pralon, Catherine Hiegel, Michel Aumont, Anne Consigny… J’avais très peur », racontait Roland Bertin qui malgré une longue carrière ne s’est jamais départi d’une « crainte farouche ». « Le seul regret, c’est de se dire : là, j’aurais dû aller plus loin. J’aurais bien aimé jouer Argan dans Le Malade imaginaire », disait-il. De Molière, il marquera notamment Dom Juan, mis en scène par Jacques Lassalle, en 1993, avec Andrzej Seweryn en séducteur invétéré et lui-même en Sganarelle.

C’est le désir des autres qui vous fait vivre. Il faut être sollicité pour passer d’un rôle à l’autre. Moi, j’ai toujours suivi, peut-être par paresse… On décide rarement, sauf peut-être si on est une star.

Il varie les plaisirs, joue Mère Courage et ses enfants, de Brecht, Le Balcon de Genet, Les Estivants de Gorki… Roland Bertin quitte la maison de Molière après vingt ans de bons et loyaux services en 2001, après Le Mariage de Witold Gombrowicz. Quand ce grand monsieur, de taille et de cœur, jetait un œil sur sa carrière, il estimait avoir eu beaucoup de chance. En 1990, Antoine Vitez, alors administrateur de la Comédie-Française, l’avait mis en scène dans La Vie de Galilée, de Brecht. En 2009, il obtient le Molière du meilleur second rôle pour Coriolan de William Shakespeare, mis en scène par Christian Schiaretti. En 2011, Yves Beaunesne le recrute pour On ne badine pas avec l’amour. « C’est le désir des autres qui vous fait vivre, estimait Roland Bertin. Il faut être sollicité pour passer d’un rôle à l’autre. Moi, j’ai toujours suivi, peut-être par paresse… On décide rarement, sauf peut-être si on est une star. »

Pas star pour un sou, l’acteur préférait parler des « comédiens merveilleux » auxquels il donnait régulièrement la réplique alors qu’il avait aidé de jeunes comédiens comme Thierry Hancisse dans Amorphe d’Ottenburg, de Jean-Claude Grumberg, en 2000. Dès les années 1970, le cinéma sollicite Roland Bertin avec les plus grands : Alain Resnais, Patrice Chéreau, Jean-Paul Rappeneau, Jean-Jacques Beineix, Costa-Gavras… À la télévision, il s’illustre dans des séries de qualité : Les Misérables de Marcel Bluwal, Les Maîtres du pain, d’Hervé Baslé, Rastignac ou les ambitieux d’Alain Tasma et, en 2010, Le Fauteuil hanté, dans Contes et nouvelles du XIXe , réalisé par Claude Chabrol.

Quand il ne jouait pas, Roland Bertin allait voir ses pairs. En 2012, il avait été bouleversé par le Peer Gynt d’Ibsen, monté au Grand Palais par Éric Ruf, avec Hervé Pierre. La même année, il se délectait d’interpréter un Volpone rusé aux mines enfantines aux côtés de ses anciens complices de la Comédie-Française, Yves Gasc et Nicolas Briançon.



data-script=”https://static.lefigaro.fr/widget-video/short-ttl/video/index.js”
>

Source du contenu: www.lefigaro.fr

Dernières nouvelles

Dernières nouvelles