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Polémique sur les vitraux contemporains de Notre-Dame de Paris, une histoire qui se répète

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Polémique sur les vitraux contemporains de Notre-Dame de Paris, une histoire qui se répète
Gémeaux, les jumeaux, signe du zodiaque, détail de la rosace occidentale, réalisée à l’origine en 1225. La rosace a été entièrement restaurée de 1844 à 1867 sous Jean Baptiste Lassus et Viollet-le-Duc, par les maîtres vitriers Alfred Gerente, Louis Steinhel, Antoine Husson, Charles Laurent Marechal et A N Didron l’Ancien.

« On pouvait croire éteinte la querelle des vitraux de Notre-Dame, la voici rallumée. Et par quel boutefeu ! Avec une véhémence un peu fatigante et une virulence parfois intolérable… », peut-on lire dans les colonnes du Figaro. Le journaliste y constate que, « dans un temps où les préoccupations économiques et la hantise d’une guerre abrutissent les intelligences et dépriment les sensibilités, le public parisien est encore capable de se passionner pour un problème d’ordre artistique ». Le journal en question est daté du… 22 avril 1939, mais le parallèle avec la nouvelle polémique qui agite aujourd’hui le chantier de Notre-Dame de Paris tiendrait quasiment du plagiat s’il s’agissait d’un scénario.

Même problématique : faut-il remplacer les grisailles – ces vitres claires aux dessins géométriques dessinés par Viollet-le-Duc – par des vitraux commandés à des maîtres verriers et des artistes contemporains ? Même guerre à nos portes, même époque politiquement et économiquement tendue, où la question patrimoniale semble apparaître comme un dérivatif utile, un symbole auquel s’accrocher. Et mêmes personnages caricaturaux d’un vaudeville de nef.

Le trublion en chef d’aujourd’hui, Didier Rykner, tempétueux rédacteur en chef de La Tribune de l’art – dont la pétition en ligne contre le remplacement des grisailles dénonçant la décision du « prince » (Emmanuel Macron) vient de recueillir quelque 140 000 signatures –, était incarné autrefois par un Achille Carlier, qui, dans sa revue Les Pierres de France, vilipendait ces vitraux nouveaux, « bariolages provocants de couleurs criardes », « comme sous la conduite d’un chef de jazz parfaitement ivre », dénonçant la « dégénérescence de la commission des monuments historiques » et « l’ensemble du clergé, [lequel] depuis longtemps a été à peu près complètement privé de toute éducation artistique ».

Lancement d’un concours

Le clergé (hier le cardinal Jean Verdier [1864-1940], défenseur de l’art sacré contemporain, aujourd’hui l’archevêque de Paris, Mgr Ulrich) en thuriféraire de la modernité, face aux élans conservateurs, autrefois d’Aliette de Rohan-Chabot (1896-1972), marquise de Maillé, alors à la tête de la fondation Sauvegarde de l’art français, et ces temps-ci de Maryvonne de Saint Pulgent. Autrice de La Gloire de Notre-Dame. La foi et le pouvoir (Gallimard, 2023), elle fustige le « mauvais goût » et les effets de mode, se dressant en rempart de la charte de Venise, laquelle fixe depuis 1962 la déontologie en matière de restauration dans les monuments historiques, en interdisant, sur le papier du moins, la destruction d’un élément existant par un nouveau.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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