Home CULTURE « The Dreamer. Becoming Karen Blixen », sur OCS : la gestation du chef-d’œuvre littéraire « La Ferme africaine »

« The Dreamer. Becoming Karen Blixen », sur OCS : la gestation du chef-d’œuvre littéraire « La Ferme africaine »

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« The Dreamer. Becoming Karen Blixen », sur OCS : la gestation du chef-d’œuvre littéraire « La Ferme africaine »
Karen Blixen (Connie Nielsen) dans la série « The Dreamer. Becoming Karen Blixen », créée par Dunja Gry Jensen.

OCS – À LA DEMANDE – SÉRIE

Elle avait une ferme en Afrique. Lorsque, en 1931, Karen Blixen, née Dinesen, (1885-1962) quitte le Kenya pour le Danemark, ruinée, malade, en deuil du grand amour de sa vie, cette phrase n’évoque qu’un passé dont l’exotisme souligne la banale cruauté du présent. La série créée par Dunja Gry Jensen a pour ambition de chroniquer la mue de ces regrets et de ces souvenirs en une œuvre, qui fera de l’aventurière malheureuse l’une des écrivaines majeures du XXe siècle avec La Ferme africaine (1937, parution chez Gallimard en 1942), roman à l’origine du film Out of Africa (1985).

Cette ambition est loin d’être comblée. Il n’empêche, malgré la rigidité de sa mise en scène, malgré les difficultés que rencontre Connie Nielsen (Gladiator, Demonlover) dans sa tentative de faire revivre son personnage, The Dreamer. Becoming Karen Blixen parvient, par son attention aux détails, par son refus de l’hagiographie, à maintenir l’intérêt jusqu’au bout.

Aînée d’une fratrie issue d’une famille noble et progressiste, établie sur un domaine proche de Copenhague, Karen Blixen n’a pourtant rien hérité de ce patrimoine, parce qu’elle est femme. Parce qu’elle a été financée par le clan, son entreprise africaine est à jamais inscrite à son débit. La construction d’une œuvre littéraire procède autant, sinon plus, de la volonté d’assurer son autonomie que d’une pulsion créatrice.

La puissance physique qui se dégage de Connie Nielsen se heurte souvent à la fragilité que le scénario attribue à Karen Blixen. L’actrice danoise excelle en revanche dans les oscillations entre la soumission aux lois de la famille et les coups de force qui enfreignent celles-ci, entre la sincérité de l’amour filial et sororal, et la nécessité de préserver son intérêt personnel, en l’occurrence créatif.

Rapports de force familiaux

L’instabilité des rapports de force au sein de la famille, dont le centre de gravité – la matriarche Ingeborg – est magnifiquement incarné par Hanne Uldal, fait entrevoir la complexité de la vie politique et intellectuelle du Danemark, à laquelle le clan Blixen était intimement lié. Dans le rôle de Knud, le beau-frère qui met, avec réticence, le pied à l’étrier de l’autrice, Lars Mikkelsen est touchant à force d’ambiguïté.

Les créateurs de The Dreamer dépensent beaucoup d’énergie et d’argent à la mise en scène platement onirique d’une des nouvelles du premier ouvrage publié – aux Etats-Unis, en anglais – d’Isak Dinesen (le pseudonyme qu’avait adopté Karen Blixen), à entamer chaque épisode par un flash-back peu convaincant sur les années passées au Kenya (au risque, de plus, de la comparaison avec Out of Africa). Manquent les idées de mise en scène qui auraient donné à une saga familiale digne de Bergman l’énergie et la cruauté qu’elle méritait.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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