« The Greatest Night in Pop », sur Netflix : la nuit étoilée de la chanson « We Are the World »

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NETFLIX – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Aucune chanson n’avait réuni une telle pléiade de stars et aucune ne s’y est risquée depuis. A l’approche du 40anniversaire de We Are the World, single caritatif qui devait s’écouler à plus de 20 millions d’exemplaires après sa sortie, le 7 mars 1985, Netflix propose un documentaire sur sa genèse et son enregistrement. The Greatest Night in Pop s’avère passionnant et évite généralement ce que laisse redouter son titre ronflant : l’exercice d’autocongratulation.

La nuit en question est celle du 28 janvier. Jusqu’à 6 heures du matin, le producteur Quincy Jones dirige un chœur et quelques solistes, dont le noyau dur est constitué par les gloires de la Motown (Michael Jackson, Lionel Richie, Stevie Wonder, Diana Ross, Smokey Robinson). Ont été ajoutés pairs de la musique soul (Ray Charles, Tina Turner, Dionne Warwick) ; figures du folk (Bob Dylan, Paul Simon) et de la country (Willie Nelson, Kenny Rogers) ; chanteuses pop (Cyndi Lauper, préférée à Madonna, Bette Midler) et revivalistes du rock’n’roll (Bruce Springsteen, Billy Joel).

On a profité de la tenue un peu plus tôt de la cérémonie des American Music Awards à Los Angeles pour faire venir du beau monde dans le plus grand secret aux studios A & M. Avec une quarantaine de participants, ce groupe XXL sera nommé « USA for Africa » : il chante en réaction à la famine qui frappe le continent africain, plus particulièrement l’Ethiopie.

A l’origine de cette initiative, l’activiste Harry Belafonte, qui considère que son pays doit monter l’équivalent du Band Aid britannique, rassemblé en novembre 1984 par l’Irlandais Bob Geldof et l’Ecossais Midge Ure pour la chanson Do They Know It’s Christmas ? Belafonte contacte le manageur Ken Kragen qui mobilise son client Lionel Richie, au centre de ce documentaire riche en témoignages. L’entrée en scène de Quincy Jones permet rapidement d’associer Michael Jackson, qui sera cosignataire de We Are the World avec Richie. Le film, qui donne peu d’informations sur l’opération humanitaire, relate l’enregistrement historique.

Prince, grand absent

Car toute la difficulté de la séance finale pour les voix est résumée par l’avertissement qu’a placé Quincy Jones en guise d’accueil : « Laissez votre ego à l’entrée. » Que Prince, le grand absent, ne verra jamais. Couronnée ce soir-là aux American Music Awards pour l’album Purple Rain, son altesse pourpre est attendue en vain pour duettiser avec son rival Michael Jackson. Pour l’attirer, on a convié l’amante Sheila E., pas dupe de l’instrumentalisation. L’accommodant Huey Lewis le remplacera au dernier moment.

Placé dans une situation inédite, chacun révèle sa personnalité sous la direction d’un Quincy Jones à la fois diplomate et ferme. Michael Jackson arrive avant tout le monde pour enregistrer ses parties. Bruce Springsteen, jovial, s’éraille pour contraster avec les timbres suaves. Bob Dylan, à qui il aurait fallu plutôt confier le texte pour échapper à la mièvrerie empreinte de bigotisme (on y apprend que « Dieu a changé une pierre en pain »), semble perdu, jusqu’à ce que Stevie Wonder le décoince en s’amusant à l’imiter.

Ce bon génie a pourtant perturbé la session en voulant substituer du swahili à une absurde onomatopée (« sha-lum sha-lin-gay ») prévue par Michael Jackson dans le refrain – les deux pistes seront abandonnées. Et puis, il y a Ray Charles, qui s’impatiente au piano, improvise autour de We Are the World et ce qu’on entend est plus beau que la version que l’on connaît. Enfin, advient l’incroyable : une séance collective d’autographes pour ces vedettes redevenues fans.

The Greatest Night in Pop, documentaire de Bao Nguyen (EU, 2024, 97 min). Disponible à la demande sur Netflix.

Source du contenu: www.lemonde.fr

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