Pesticides : crise ouverte entre le gouvernement et les associations de défense de l’environnement sur le plan Ecophyto

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Le premier ministre, Gabriel Attal, avait suscité un tollé en annonçant la suspension du plan Ecophyto, censé réduire l’usage des produits phytosanitaires de 50 % à l’horizon 2030 (par rapport à la période 2015-2017), « le temps de mettre en place un nouvel indicateur » de référence pour mesurer leur utilisation. Cela s’est transformé en crise ouverte avec les associations de défense de l’environnement. Générations futures, France nature environnement, le Fonds mondial pour la nature (WWF), la Fondation pour la nature et l’homme, la Ligue de protection des oiseaux ou encore Alerte des médecins sur les pesticides ont claqué la porte du comité d’orientation stratégique et de suivi du plan Ecophyto, réuni lundi 12 février, pour ne pas « cautionner un retour en arrière de quinze ans ».

Dans une déclaration commune, les ONG estiment que « remettre en cause l’indicateur NODU [nombre de doses unités], c’est remettre en cause l’objectif même de la réduction des usages des pesticides (…) et donc l’existence même du plan Ecophyto ».

L’indicateur NODU, en vigueur en France depuis le lancement du premier plan Ecophyto en 2009, mesure le nombre de traitements employés à l’hectare. En s’appuyant sur les doses de référence, propres à chaque substance active, il a l’avantage de tenir compte de l’efficacité des molécules qui, à tonnage identique, peuvent avoir un impact très différent sur la santé et l’environnement. L’industrie agrochimique et la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) militent pour un autre référentiel, l’indicateur de risque harmonisé (HRI-1), qui pondère les quantités de pesticides utilisées par un coefficient censé refléter leur dangerosité.

Proposé par la Commission européenne dans le cadre du règlement sur l’usage des pesticides – rejeté par les eurodéputés en novembre 2023, puis retiré par l’exécutif européen le 6 février –, cet indicateur a été qualifié de « trompeur » par les autorités sanitaires allemandes : elles considèrent qu’il induirait une baisse en trompe-l’œil. Sur la base des données fournies par la Commission européenne et le ministère de l’agriculture, l’association Générations futures a comparé les résultats en appliquant à la France les deux indicateurs sur la période 2011-2021. Selon HRI-1, l’usage de pesticides baisse de 32 % alors qu’il augmente de 3 % avec le NODU.

A l’issue du comité d’orientation stratégique du plan Ecophyto de lundi, le gouvernement a indiqué que l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides d’ici à 2030 était « maintenu » mais que le choix de l’indicateur qui serait retenu pour évaluer cette baisse n’était « pas encore fait ». L’arbitrage devrait intervenir avant l’ouverture du Salon international de l’agriculture, le 24 février. « On ne casse pas le thermomètre », commente-t-on dans l’entourage du premier ministre. « L’indicateur français ne sera pas abandonné, assure l’exécutif pour calmer les ONG. Il sera intégré dans un panel d’indicateurs. » De même source, on rappelle que 250 millions d’euros seront consacrés à la recherche d’alternatives aux pesticides, dans le cadre du plan, toujours en discussion. Lancé en 2009 dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le premier plan Ecophyto visait déjà à réduire de 50 % en dix ans l’usage des herbicides, fongicides et autres insecticides.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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