Questions d’environnement – Reforestation: oui mais pas n’importe comment

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Replanter des arbres et de la végétation peut avoir des résultats positifs spectaculaires pour le climat et pour la biodiversité. Seulement si c’est fait de manière réfléchie, avec des essences locales et aux bons endroits, indiquent les scientifiques.

Dans le sud-est des États-Unis, la reforestation a apporté des bénéfices stupéfiants. Au XXe siècle, la colonisation du territoire américain s’est accompagné de déboisement pour construire des habitations et étendre les champs agricoles. Mais dans le sud-est du pays, les autorités ont aussi replanté beaucoup d’arbres en parallèle. Des scientifiques de l’université de l’Indiana viennent de montrer que cette reforestation explique en partie qu’aujourd’hui le sud-est des États-Unis se réchauffe moins que le reste du pays.

La transpiration pour refroidir l’air

Comment les arbres peuvent-ils refroidir l’air autour d’eux ? En transpirant tout simplement. Pour se rafraîchir, les arbres puisent l’humidité par leurs racines, la remonte vers les feuilles qui relâchent alors de la vapeur d’eau dans l’air. Ça s’appelle l’évapotranspiration. Lorsque l’on passe en bordure de forêt, l’air qui en vient est plus frais. Et dans le sud-est des États-Unis, les chercheurs ont enregistré une baisse d’un à deux degrés en moyenne chaque année, et de deux à cinq degrés le midi pendant l’été, grâce aux arbres plantés au XXe siècle.

D’autres facteurs ont sans doute joué un rôle complémentaire : des polluants atmosphériques qui bloquent l’arrivée de la radiation solaire, l’irrigation agricole. Mais pour les scientifiques, ces résultats démontrent l’intérêt de reforester, par exemple à proximité des villes pour refroidir les températures à la surface du sol et dans l’air.

Ne nous trompons pas : reforester ne va pas régler le problème du réchauffement climatique. Les arbres, une fois âgés, captent certes du carbone, mais pour freiner le changement climatique, l’action centrale est de réduire notre usage des énergies fossiles à l’origine des gaz à effet de serre, précisent les auteurs de l’étude.

Ne pas replanter en pleine savane

Pour que la reforestation soit efficace, elle doit d’autre part être pensée, adaptée. Il ne s’agit pas de planter des arbres à tout va, nous dit une autre étude récente publiée dans la revue Science.

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Des chercheurs britanniques ont examiné les projets de l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100), une initiative internationale qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres à travers le continent d’ici à 2030. Et la plupart de ces projets reforestent en réalité des zones de savanes et de prairies, avec des conséquences néfastes pour l’environnement et les communautés sur place.

« Planter beaucoup d’arbres dans les savanes ou les prairies met en danger ces écosystèmes, explique Kate Parr à RFI. Elle est professeure d’écologie tropicale à l’Université de Liverpool et l’une des autrices de l’étude. L’ombre créée empêche les graminées, les plantes à fleurs et la végétation intermédiaire de pousser. Cela engendre un déclin des insectes, des oiseaux. Cela modifie la disponibilité en eau. » Beaucoup de populations locales, notamment en Afrique, vivent aussi dans ces savanes et prairies. « Pour leurs médicaments, pour faire pâturer le bétail, elles comptent sur ces ressources », indique la scientifique.

Autre problème pointé par les chercheurs : le recours à des essences d’arbres qui ne sont pas locales peut également contribuer à dégrader les milieux naturels.

Pour un meilleur suivi des projets

Au total, c’est l’équivalent du territoire français qui est mis en danger par des projets de reforestation inappropriée en Afrique, précise l’étude. Un phénomène qui existe aussi en Amérique latine ou en Asie.

Le « manque de conscience écologique », les « énormes quantités d’argent » qui arrivent pour planter des arbres sans accompagnement scientifique ou technique, une « définition trop floue de ce qu’est une forêt » et enfin « un héritage colonial qui consiste à penser que les paysages avec moins d’arbres sont dégradés ». Tout cela favorise les ratés, selon Kate Parr. Et cela peut transformer des projets qui semblent inspirants en simple greenwhashing voire en opérations néfastes.

En conclusion, un meilleur suivi scientifique de ces projets de reforestation semble nécessaire. Et à l’échelle individuelle, on peut planter des arbres ou de la végétation pour avoir moins chaud à l’avenir et favoriser la biodiversité. Mais il faut planter des essences locales, adaptées aux écosystèmes dans lequel on vit.

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Source du contenu: www.rfi.fr

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