Milan Fashion Week : des collections pour conjurer l’actualité

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Les designers de mode se tiennent en général à distance des sujets géopolitiques et évitent de commenter l’état du monde durant la semaine de la mode. Mais par les temps qui courent, l’actualité finit tout de même par infuser certains défilés. A la fashion week féminine automne-hiver 2024-2025 de Milan, qui s’est déroulée du 20 au 26 février, certains ont fait part de leur anxiété.

« Je ne veux pas faire passer de message », déclare Miuccia Prada. Pourtant, avec son binôme Raf Simons, ils expriment à mots couverts l’angoisse que leur procure l’époque « effrayante » et la nécessité de se replonger dans l’histoire. « Prendre des morceaux du passé pour les libérer de leur cage », déclare Miuccia Prada en citant le philosophe Walter Benjamin. Fidèle à l’ADN de Prada, leur approche historique est plus expérimentale que nostalgique, et le duo détourne avec panache des archétypes vestimentaires tels que le Perfecto des années 1920 ou la veste d’université des années 1930. Il joue sur les couleurs, au travers d’un twinset où le sous-pull vermillon tranche avec le cardigan violine ; il s’amuse avec les tissus, à l’instar de ces robes de bal des années 1950 taillées dans une matière synthétique de combinaison de ski. Le tailleur en laine est habilement déconstruit : classique à l’avant, son dos est taillé dans une soie légère, comme si la partie laine avait été enlevée et qu’il ne restait que la doublure. « C’était une collection difficile à faire. Elle a demandé beaucoup d’efforts mais, en ce moment, il semble plus nécessaire que jamais de faire de son mieux », résume Miuccia Prada.

« On a besoin d’une garde-robe qui donne du courage, face à toutes les choses horribles qui se passent en ce moment. Je veux faire passer un message optimiste, d’unité, montrer une femme forte mais qui a du cœur », déclare de son côté Donatella Versace. Une idée proche de celle de Prada, mais une réalisation bien différente : Versace fusionne l’esthétique punk anglaise des années 1980 et le glamour italien dans une collection en rouge et noir. Des vestes affûtées aux larges épaules, des robes bustier en cuir sculpté autour du corps, des tailleurs en tweed lestés de ceintures cloutées dorées constituent le socle de cette collection qui lorgne moins du côté de la révolution stylistique que de l’excellence technique : les vêtements épousent le corps, un certain nombre d’entre eux sont en réalité des pièces Atelier Versace de haute couture, ce qui correspond au repositionnement plus luxe de la maison depuis quelques saisons.

« Nous regardons tous les mêmes informations. C’est difficile d’être festif dans un tel moment. Mais dans un monde en flammes, il y a quelque chose de très humain dans le simple fait de s’habiller », affirme Matthieu Blazy, qui propose pour Bottega Veneta une collection dépouillée, mais transcendée par le sens du détail et le travail des matières chauffées, bouillies, moulées, déchirées, découpées. Le cuir chocolat d’une jupe corolle paraît si onctueux qu’on pourrait enfoncer sa main dedans ; dans une version bleu ciel, il est si léger qu’il se confond avec du coton. Des flammes peintes sur une chemise souple dansent au rythme des pas de la mannequin ; sur une autre, ce sont les plissages d’un tee-shirt qui ondoient, ou les franges d’une jupe qui se secouent comme des feuilles fouettées par le vent. Chez Bottega, le tissu semble vivant, mais l’aspect expérimental du vêtement n’entrave en rien son pouvoir de séduction. « L’idée de renaissance est belle, poursuit Matthieu Blazy. Des fleurs peuvent pousser après que la terre a brûlé ; elles nous donnent de l’espoir. Elles reviennent plus fortes que jamais. Ici, l’élégance est résilience. »

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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