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Aux Etats-Unis, la victoire juridique d’un climatologue braque les projecteurs sur les attaques contre les scientifiques

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Aux Etats-Unis, la victoire juridique d’un climatologue braque les projecteurs sur les attaques contre les scientifiques
Le paléoclimatologue Michael E. Mann, à Toronto, le 9 septembre 2016.

C’est une décision judiciaire qui pourrait faire date pour la communauté scientifique, fréquemment ciblée en ligne par les sphères complotistes. Jeudi 8 février, deux blogueurs américain et canadien d’extrême droite, Rand Simberg et Mark Steyn, ont été condamnés par la Cour supérieure de Washington à verser des dommages et intérêts allant jusqu’à 1 million de dollars au paléoclimatologue Michael E. Mann, qu’ils avaient comparé à un pédocriminel.

Pour comprendre cette histoire, il faut revenir en 2012, âge d’or de la blogosphère. Michael E. Mann est alors professeur de sciences du climat à l’université de Pennsylvanie. Le scientifique, qui a inspiré le personnage joué par Leonardo DiCaprio dans le film Don’t Look Up (2021), est célèbre pour avoir conçu en 1998 une courbe surnommée « crosse de hockey », l’une des premières modélisations de l’augmentation des températures sur mille ans, montrant 900 années plutôt constantes et une brusque augmentation au XXsiècle. Plusieurs climatosceptiques l’accusent déjà d’exagérer la situation.

L’année 2009 est un tournant. Des mails de plusieurs scientifiques travaillant sur les questions climatiques sont piratés, un événement nommé par certains le « Climategate ». Plusieurs de ces messages circulent, sortis de leur contexte, et sont utilisés par les climatosceptiques pour appuyer leurs thèses complotistes. Huit enquêtes sont menées sur Michael E. Mann et ses recherches, dont une de l’université de Pennsylvanie, notamment sous l’impulsion de figures républicaines comme l’ex-procureur général de Virginie Ken Cuccinelli. Toutes les investigations concluent à l’absence d’irrégularités.

Malgré ces résultats et un rapport d’une commission d’enquête indépendante, en juillet 2010, qualifiant les accusations d’infondées, Rand Simberg, ancien chercheur du groupe de réflexion conservateur Competitive Enterprise Institute, écrit le 13 juillet 2012 sur le blog de l’organisation que « Mann pourrait être le Jerry Sandusky du changement climatique, sauf qu’au lieu d’agresser des enfants, il a agressé et torturé des données ». Jerry Sandusky est un entraîneur de football, travaillant à l’université de Pennsylvanie, condamné quelques jours plus tôt pour agressions pédocriminelles. Mark Steyn a repris quant à lui les propos de Rand Simberg dans le magazine de droite libertarienne National Review, ajoutant que le travail du chercheur était « frauduleux ».

« Nouveau déni »

Les deux auteurs climatosceptiques établissent un parallèle entre les enquêtes de l’université sur les crimes de Sandusky et celles sur les recherches de Mann. Ce dernier porte plainte pour diffamation contre les deux individus mais également contre les publications, qui sont mises hors de cause en 2021. Douze ans plus tard, après quatre semaines de procès, le jury a estimé que les deux accusés ont fait preuve de « méchanceté, dépit, mauvaise volonté, vengeance ou volonté délibérée de nuire ». Dans un communiqué, l’avocat du climatologue parle d’une « grande victoire pour la vérité et tous les scientifiques ».

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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