L’homme de Vittrup, migrant tué dans une tourbière danoise il y a plus de 3 000 ans

Share

Tragique destin que celui de l’homme de Vittrup ! Son crâne fracassé, trouvé, en 1915, dans une tourbière de cette localité de la pointe nord du Danemark, a enfin parlé, pour révéler une partie de son énigmatique parcours. Anders Fischer (universités de Göteborg, Suède, et de Copenhague) et ses collègues l’ont soumis à une batterie d’analyses pour en savoir plus sur son origine et sa fin brutale, il y a environ 3 200 ans. Ils publient leurs observations dans PLOS One du 14 février.

« Cela fait dix ans qu’on l’étudie, et nous avons passé quatre ans sur son génome, qui était difficile à analyser », explique Anders Fischer. Quand le séquençage ADN l’a relié aux populations de pêcheurs-chasseurs alors présentes en Suède et en Norvège, et non aux fermiers venus plus récemment d’Anatolie, qui occupaient alors le Danemark, cela a été la surprise. « C’était presque trop beau pour être vrai ! J’avoue avoir douté de l’analyse des généticiens », dit Anders Fischer, qui a décidé d’utiliser une série de techniques différentes pour voir si ce résultat tenait la route.

L’équipe s’est en partie appuyée sur les mesures anatomiques du crâne, plus massif que celui des gens du cru. Il apparaît finalement que l’« homme de Vittrup » a d’abord été un enfant du nord de la Scandinavie – « Mais on ne sait pas jusqu’où au nord », dit Anders Fischer : les rapports isotopiques de l’oxygène montrent que ses premières années se sont en tout cas déroulées dans un climat plus froid que celui du Danemark de l’âge de bronze. Il aurait migré vers le sud à la fin de l’adolescence. L’émail de ses dents, le collagène de son tibia et le tartre trahissent un changement de régime alimentaire. Il a grandi en mangeant des poissons et mammifères marins – phoques et baleines –, avant de passer à un régime typique des paysans nordiques, moutons et chèvres. Ce changement est intervenu avant qu’il atteigne les 20 ans, révèlent les échantillons prélevés à différentes profondeurs dans l’une de ses dents – « Les autres ont été préservées pour les générations futures de chercheurs », dit l’archéologue.

Sacrifice, meurtre ou peine capitale ?

Les analyses sont muettes sur les décennies suivantes, jusqu’à son décès survenu vers 30 ou 40 ans. Les chercheurs parlent à ce propos d’un « sacrifice ritualisé ». « C’est une interprétation », convient Anders Fischer. Le crâne incomplet présente pas moins de huit impacts ayant laissé des fractures ovales, peut-être causées par une massue en érable, trouvée dans la tourbière. Un cas de figure qui n’était pas rare, plusieurs individus de tous âges portant des stigmates similaires ayant déjà été mis au jour par les archéologues au Danemark. « Une tradition », résume Anders Fischer.

Il vous reste 39.19% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source du contenu: www.lemonde.fr

Dernières nouvelles

Dernières nouvelles