En Espagne, Rafael Nadal tombe de son piédestal

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« Les investissements ? Les mêmes pour une femme que pour un homme ! Les chances ? Les mêmes ! Les salaires ? Non. Pour quoi faire ? » Sur la chaîne de télévision espagnole La Sexta, le monstre sacré du tennis espagnol, Rafael Nadal, a donné, vendredi 16 février, sa vision particulière du féminisme. Et dans un pays à la pointe de la lutte féministe, où les sportives, en particulier les footballeuses, ont montré leur capacité à faire vibrer les foules autant qu’à exiger le respect, le moins que l’on puisse dire est que les propos de l’ancienne idole du royaume ont provoqué un tollé. « Si vouloir que les femmes aient les mêmes chances que les hommes signifie être féministe, je suis féministe. Mais l’égalité pour moi ce n’est pas faire des cadeaux, a-t-il insisté. Ce que je veux, c’est que les femmes gagnent plus que les hommes si elles génèrent plus que les hommes. » Et d’enfoncer le clou avec un exemple. « Si Serena Williams génère plus [de revenus] que moi, je veux que Serena gagne davantage ».

Dans la presse et sur les réseaux sociaux, beaucoup se sont empressés de rappeler les embûches et inégalités qui sèment le chemin des sportives, et le manque de visibilité et d’exposition médiatique qu’elles subissent. Dans le quotidien El Pais, Rafael Nadal, qualifié de « soi-disant homme parfait », a été épinglé dans plusieurs tribunes d’opinion, ramené à un « extraterrestre sur les cours, un Espagnol moyen en dehors », avant de se voir rappeler qu’il s’est vendu « à un régime dictatorial qui tue, discrimine et enterre les femmes sous un chiffon noir ».

Car au-delà de ses déclarations sur les inégalités de salaires dans le sport, qui, en outre, ne sont pas nouvelles, c’est sa décision de devenir l’« ambassadeur de la fédération de tennis d’Arabie saoudite » qui a véritablement bouleversé les Espagnols, déçus et incrédules tant ils avaient idéalisé le joueur. Et c’est pour expliquer ce contrat controversé, signé en janvier, qu’il avait été invité sur La Sexta. Comprend-il la déception chez ses fans, lui a demandé la journaliste vedette de la chaîne, Ana Pastor. « Oui », a-t-il répondu, pour aussitôt la mettre sur le compte d’une « erreur de communication ».

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Modèle, gendre idéal et meilleur ambassadeur

Sur les réseaux sociaux, ses supporteurs sont tombés des nues, tandis que les sites d’information, d’ordinaire prompts à l’aduler, ont titré sur sa décision de « se vendre » à l’Arabie saoudite. C’est peu dire que « Rafa » est tombé de son piédestal.

Cela fait plus de vingt ans que le Majorquin est l’idole de l’Espagne. Bien au-delà de ses réussites sportives – 22 sacres en tournois du Grand Chelem –, il a été érigé en modèle, gendre idéal, fierté nationale, meilleur ambassadeur du royaume. Ses quatorze victoires à Roland-Garros, cinq Coupes Davis, deux trophées de Wimbledon en ont fait l’incarnation de l’effort et de la persévérance, malgré les blessures et douleurs dont il a souvent été victime. Son mariage avec la femme qui partage sa vie depuis qu’il a 19 ans, dans l’île de Palma de Majorque où il réside toujours, refusant de succomber aux sirènes des paradis fiscaux, a forgé l’image d’un gars simple, humble et authentique. A la tête de plusieurs fondations et écoles de tennis, dont une en Inde, sa générosité et son intégrité morale ont complété le portrait du « plus grand sportif de l’histoire de l’Espagne », de l’avis général. La chute n’en a été que plus dure.

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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